Floatown - Ville flottante à bon marché

Le ciel se retira comme un livre qu'on roule ;
et toutes les montagnes et les îles furent remuées de leur place
La pose de waveaters, en créant des étendues d'eau aussi calmes que celles d'un lagon, autoriserait l'établissement de complexes flottants d'habitation sur une plus grande échelle que ne le prévoient les projets actuels.
En effet, d'assez nombreux projets existent et quelques réalisations. Beaucoup de ces projets ont été critiqués pour leur coût trop élevé et l'emploi abusif du béton, tous cantonnent leurs habitations flottantes derrière des abris naturels, mais leur existence révèle que bâtir sur les mers est envisagé sérieusement. Compenser la perte de terres par des habitations flottantes est un enjeu presque aussi important que la désalinisation à bas coûts énergétiques.
L'élévation du niveau des océans d'ici à 2100 devrait être de 1 m, ce chiffre a été maintes fois révisé à la hausse, cette élévation pourrait forcer jusqu'à un milliard de personnes à quitter leur foyer. Elle mettra aussi en difficulté beaucoup de ports et le siècle prochain, avec une élévation supplémentaire de 2 à 3 m, devrait connaître leur complet engloutissement. La surélévation des ports, des digues et autres protections en place actuellement atteindra ses limites. La hausse du niveau des océans est prévue pour durer plusieurs siècles et la seule solution envisageable pour que le commerce maritime se poursuive sera alors de construire des ports flottants.
La possibilité de transposer sur l'eau une partie de l'ensemble des constructions côtières qui vont disparaître est liée à la création de protections efficaces contre les vagues et, s'il est trop difficile de comprendre le principe des waveaters, il suffit d'imaginer plusieurs lignes de blocs rocheux empilés sous la surface à bonne distance des rivages
Derrière de tels abris il est aisé d'imaginer des agglomérations pourvues de docks flottants ainsi que des zones de production alimentaire, serres flottantes et fermes d'aquaculture. L'alimentation en eau et en électricité serait assurée par des panneaux photovoltaïques et des raindancers dont l'unité des condensation pourrait être fixée à des mâts d'éoliennes flottantes débarrassées de leurs pales.
L'urbanisme de telles cités serait très différent de celui de leur équivalent terrestre. Sauf dans les zones de forte concentration, elles n'auraient pas de rues mais des canaux, peu de canalisations, utilisant des bateaux-citernes pour l'approvisionnement en eau et l'enlèvement des eaux usées. Il serait plus difficile d'y bâtir en hauteur pour des raisons de stabilité, mais leur expansion ne serait limitée que par la limite de pose des waveaters. Dans leur centre, ces cités pourraient ressembler à Venise, Amsterdam ou Miami et dans leur périphérie à de larges îles ou à de nombreux petits îlots. Des villes portuaires flottantes constitueraient dans certains cas une réponse appropriée à l'instabilité des lignes de côte, cette solution peut sembler farfelue en 2021, mais elle deviendra de plus en plus intéressante à mesure que le niveau des océans montera. Il faudra reloger quelque part de nombreux réfugiés climatiques dont le nombre augmentera sans cesse dans les décennies, les siècles et, peut-être, les millénaires à venir. Si tout va mal, si toutes les glaces terrestres vont à l'eau, la NASA prévoit une élévation de 80 m du niveau des océans, mais ce n'est pour tout de suite.
De nombreux facteurs permettront ou non la mise en chantier de villes flottantes, mais on peut en distinguer deux immédiatement, la sécurité et le prix. La sécurité contre les évènements climatiques est le facteur décisif, beaucoup des projets qu'on peut voir établissent les maisons sur des blocs de béton creux pour augmenter la stabilité de l'île, cela augmente considérablement le prix d'une construction, au point que seuls des millionnaires seraient en mesure d'acheter. A l'inverse, les deux îles flottantes de Richart Sowa n'ont presque rien coûté, construites avec des matériaux légers, mais elles ont été mises à mal par des tempêtes.
La pose de waveaters ou d'autres dispositifs similaires atténuant les vagues permettrait de diminuer considérablement le besoin d'inertie d'un îlot d'habitation, diminuant aussi le prix du m2 de terrain flottant quoique merrain pourrait sembler plus approprié. Si le prix du merrain devenait inférieur à celui du terrain tout en offrant les mêmes garanties de sécurité relative que sur la terre ferme. Joyxee, la seconde île construite par Richart Sowa ainsi qu'une maison n'ont coûté que 40000 usd pour une superficie d'environ 6 ares. Ce coût extrêmement bas et le fait qu'il s'agissait d'auto construction fournit un exemple presque idéal pour des pays pauvres touchés par la montée des eaux.
Le croquis montre un moyen d'augmenter l'inertie face aux vents en emprisonnant de l'eau sous l'îlot.

On peut voir un bungalow construit sur un merrain d'environ 6 ares, une dalle de béton armé, posée sur des flotteurs, d'où émerge une ossature plongeant quelques mètres sous la surface. En tendant des voiles de fibre synthétique sur les côtés et en dessous, on crée une sorte de coque non étanche, augmentant l'inertie de l'îlot d'une tonne par m2 par mètre de profondeur sans augmenter beaucoup ni le poids, ni le coût.
Si le prix du merrain devenait nettement inférieur à celui du terrain, il est possible que l'attractivité de la vie sur l'eau devance les besoins de relogement. Dans tous les cas ce pourrait être une alternative à un futur fait de fuite constante devant la montée et peut-être nous amener à envisager le futur avec un peu plus d'optimisme.