Le dos du miroir

peinture fantasmagorique ville alsacienne eventrée par une faille coulante de lave

2008 -------- 2113

L'heure ne viendra pas avant que le soleil ne se lève à l'ouest. (Prophétie de l'Islam)

Dans cette partie, il s'agira de mon roman de science-fiction 'Le Dos du Miroir', roman non achevé qui ne sera mis en ligne que par bribe. Je vais raconter comment l'idée d'écrire un roman sur le futur m'est venue, une histoire qui se passerait entre 2110 et 2113, et comment j'en ai abandonné la rédaction. La description d'un futur viable et vivable, un futur délibérément utopique, s'est avérée une tâche si complexe que que mon aventure littéraire s'est perdue en recherches diverses si souvent qu'elle n'a plus eu le moindre attrait au bout du compte. Je me suis finalement résigné à mettre en ligne les considérations d'ordre technologique qui précèdent, témoignage d'une entreprise délaissée partiellement, et, comme ces considérations ont besoin d'un mode d'emploi, je mettrai en ligne quelques commentaires sur un avenir qui serait plus attrayant que celui dépeint actuellement.


L'écriture du roman a commencé en 2008, elle était motivée essentiellement par une idée qui s'est imposée progressivement, que ferons-nous quand les combustibles fossiles devront être abandonnés, quand la température moyenne sera nettement plus haute et que l'aridité aura touché de nombreuses régions et quand les océans se seront élevés assez pour que les ports existants, deux mètres suffiraient, ne soient plus fonctionnels.

Beaucoup de journaux publièrent dans les années 70 des articles sur la pollution. Je ne me souviens pas que le réchauffement, dû, paraît-il, au CO2, ait été pointé spécialement. Il était plutôt mentionné les pluies acides, plus tard il fut question du trou dans la couche d'ozone. Une chanson de 87 de Michel Berger chantée par France Gall, la Chanson d'Azima m'est restée, il y était question de l'avancée du désert et du manque d'eau. Je lisais de temps en temps des revues scientifiques qui parlaient du futur changement climatique, mais le bouleversement prédit semblait loin dans le futur et, jusqu'en 2020 environ, n'était en général prévu que pour les années 2050. Mais, depuis quelques années, le temps des catastrophes semble être en avance.

Lorsque j'ai commencé la rédaction du 'Dos du Miroir' très peu de gens autour de moi prenaient au sérieux le thème d'un monde futur nettement plus aride. J'ai placé le déroulement de l'histoire autour de 2110 parce que la plupart des prévisions ne vont guère au-delà. Nul besoin de dire que le changement climatique ne s'arrêtera pas à 2100, les prévisions pour la fin du siècle sont épouvantables, mais le réchauffement, la sècheresse et la montée des océans continueront. En Europe par exemple, la zone de pluviométrie actuelle remonterait jusqu'au nord de l'Allemagne, le reste subirait une sécheresse générale, un climat comparable à celui de l'Afrique du Nord, au mieux, ou du Sahara. La voie du futur semble tracée et au long de celle-ci, il est attendu, prédit, qu'une grande partie de l'humanité et des animaux et des plantes, disparaitra plus ou moins complètement.


Mais en 1999, rien de cela n'était dit aussi nettement, à part l'ouragan qui devait traverser la France et servir de prologue à l'invraisemblable changement que nous commençons à connaître. A partir de cette période, j'ai recherché intentionnellement des lectures sur le climat et les techniques liées à la production d'eau et au pompage. Le sujet était perturbant, mais j'y revenais sans cesse lisant avec attention des articles, reconstituant et augmentant mon maigre bagage de connaissances en physique des fluides. Ce fut une période désagréable, je commençai à chercher des solutions inédites, le principe du Raindancer m'est venu de manière diffuse au cours des années qui me séparaient du début de l'écriture du roman, le Snark aussi, quoique de manière encore plus floue, le fantôme d'une machine caché dans une intuition obscure.


Ces cogitations que je ne peux appeler recherches, en tous cas pas avant le début de l'écriture du roman, étaient guidées par le besoin qui se ferait jour à un moment de désaliniser l'eau de mer à bas coût. A l'heure actuelle, quand l'eau n'est pas produite directement par distillation avec un chauffage au charbon ou au pétrole, elle est traitée par osmose inverse à l'aide d'électricité produite dans au moins 90 % des cas par le moyen de centrales thermiques. Quand l'idée d'une machine susceptible de désaliniser l'eau de mer tout en produisant de l'électricité par la condensation en hauteur se précisa, j'ai discuté de la question avec quelques ingénieurs qui me dirent que c'était faisable, mais que ça ne semblait pas rentable. Comme l'idée continuait à me paraître intéressante, j'ai pensé à écrire un roman qui décrirait la vie dans des oasis artificielles, des Héliopolis produisant de l'eau et de l'électricité par l'effet de la seule chaleur du soleil, pour donner un cadre à mes spéculations. Quelqu'un m'avait demandé ce qui pourrait se faire dans le cas d'un terrrain plat, l'absence de dénivélation ne permettant pas de production d'électricité hydroélectrique. Cette question me poussa à choisir la côte mauritanienne, très plate, dans la baie d'Arguin, pour y implanter la ville de mes rêveries. J'ai commencé par décrire une oasis près d'Akjoujt à environ deux cents kilomètres dans les terres, alimentée en eau par un pipe-line partant d'une station de distillation flottante, le choix de l'emplacement était motivé par le fait que si toutes les glaces terrestres fondaient, le niveau des océans monterait de quatre-vingt mètres. L'idée de faire de la station de distillation une ville flottante ainsi que le mot bipoles (villes doubles et non pas bipôles qui indique deux tendances) qui indique le fonctionnement symbiotique des deux entités me vint lors d'une écriture postérieure. J'avais appelé la ville terrestre Héliopolis 19 14 à cause des ses coordonnées géographiques. Le début fut amusant, facile de décrire une chose qui n'existe pas sans se soucier de réalisme, mais, à mesure que j'avançais, je rencontrai de plus en plus de difficultés de tous ordres et j'abandonnai une première fois la rédaction.

Mon écriture connut de longues pauses dues aux questionnenments inévitables quant à la faisabilité des idées qui me venaient, mais aussi aux problèmes d'organisation des bipoles, éthnico-religieux et politiques qui ne manqueraient de se poser autour d'une implantation supposée se composer à ses débuts de Hollandais fuyant l'ennoiement d'une partie de leurs terres et de réfugiés climatiques venant des régions subsahariennes. H 1914 louait les terres au gouvernement mauritanien, un carré de vingt kilomètres de côté que j'ai appelé concession, la location des terres était payée en eau distillée auprès du gouvernement mauritanien. J'ai tenté d'établir que cette nouvelle forme de colonisation profiterait également aux deux parties, mais cela supposait que beaucoup de problèmes auraient été résolus avant qu'une entente de ce genre puisse sembler possible, sans compter la question de la faisabilité qui restait centrale.

Le premier jet fut presque entièrement écrit avant que les contradictions et les impossibilités ne m'arrêtent. J'avais une trame suffisante pour un roman, il y avait un personnage qui venait de France, qui découvrait la ville terrestre seulement dans cette première version. Il a eu différents nom, le plus récent, celui de la version que je pense mettre sur le site, est Ahmed Lefranc-Maurer, et si cela avait possible j'y aurais encore collé d'autres patronymes pour marquer le mélange éthnico-culturel de la population française des temps à venir. Il y avait aussi une intrigue liée à des détournement d'eau ce qui permettait de dévoiler l'organisation de cette cité-état protégée par une ONU réformée et liée par contrat à l'état mauritanien, selon les versions, une intrigue amoureuse, pas de sexe, mais toujours des rencontres initiatiques qui concluaient l'histoire d'Ahmed en 2113.


Deux obstacles principaux me retinrent de terminer, le premier était celui de la pertinence des outils et des technologies qui permettraient de faire vivre une communauté d'environ un million d'âmes en plein désert et sur l'eau, le deuxième était nettement plus compliqué, il s'agissait de décrire l'évolution qui séparait aujourd'hui de ce peut-être situé dans le futur. Je pense que lorsque nous mesurerons à quel point nous sommes proche d'un écroulement général, il n'y aura plus tellement de choix, ce sera soit des guerres territoriales pour la possession des zones restées vertes, soit une coopération à l'échelle mondiale pour fournir de l'eau en quantités suffsantes pour maintenir l'agriculture là où la pluie devient rare. Une coopération me paraissait si peu probable alors et maintenant que j'en suis arrivé à ne me préoccuper que des impensables instruments de survie qui me sont venus lentement et dont je ne sais s'ils pourraient être efficaces.

A ce jour, aucune théorie à la mesure des problèmes de plus en plus pressants qui se posent et se poseront ne porte assez de lumière pour qu'un mouvement se dessine et qu'un changement positif advienne, et je me rendis très vite compte qu'il ne m'appartenait pas de pouvoir l'imaginer, il ne m'était possible que de tenter de le faire advenir. Je suis part de ce crétin collectif que nous formons, et pas plus que mes semblables capable d'envisager que nous sortirons du cauchemar dans lequel nous sommes entrés. Les problèmes liés aux pénuries d'énergie et les catastrophes liées au changement climatique pourraient être surmontées ensemble, mais il faut admettre que depuis 2020 les tensions internationales n'ont fait que croître et qu'il semble ridicule d'espérer une quelconque entente. Je ne vais pas m'attarder trop sur le présent, en suivant les bilans séparément dans différents domaines, climat, montée des eaux, pénuries d'eau, pénuries d'énergie, pénuries de nourriture on arrive à des résultats inquiétants, quand on en fait la synthèse tout semble perdu et d'ici le moment où se passe le roman l'Humanité pourrait avoir en grande partie disparu. Certains scénarios sont encore pires, mais le Dos du Miroir ne s'est intéressé qu'à de petites solutions qui ont abouti à un concept de villes auto suffisantes en eau et en électricité.

J'en reviens à l'écriture du roman. J'ai plus souvent arrêté puis recommencé que j'en ai perdu le fil, les années depuis 2008 ne me semblent qu'avoir été qu'un long effort plus ou moins ininterompu qui n'aboutissait invariablement qu'à un approfondissement des mêmes questions et quand une forme de réponse m'est venue, pour le raindancer par exemple, la taille des installations visant à permettre la production de cinqquante mètres cubes par seconde pendant la journée m'a paru tellement coûteuse que cela semblait irréalisable. Mais l'économie qu'un système produisant eau et électricité sans apport d'énergie autre que la chaleur du soleil a continué de me paraître suffisante pour ne pas me détourner de cette spéculation et finir par n'envisager que de publier les idées qui m'étaient venues.

Il me paraît probable que la ville flottante de Mauritanie serait trop coûteuse à construire à cause du manque de falaises. Par contre, le Raindancer peut être adapté à toute côte ensoleillée disposant de hauteurs.

Le Waveater peut servir indépendamment et protéger toute côte où cela serait nécessaire. L'intérêt de construire des villes flottantes apparaîtra de plus en plus nettement à mesure que l'eau montera, la possibilité de les abriter permettrait de libérer les habitations du risque d'innondations d'incendies, de séismes et de tsunamis à la condition d'établir la ville au-dessus d'une profondeur suffisante pour que la vague la soulève au lieu de la fracasser.


A force de réfléchir à notre devenir, j'ai commencé à m'intéresser à notre passé du point de vue des outils que nous nous sommes forgés, je me suis autorisé de larges détours dans la préhistoire, sur les traces mythiques de la déglaciation, des technologies novatrices en leur époque, (l'apparition de l'arc daterait d'au moins soixante mille ans d'après les pointes de flèches trouvées à Sibudu en Afrique du Sud) et au moment de l'apparition de l'art figuratif autour de quarante cinq mille ans av. JC. Cette apparition de l'art figuratif semble avoir eu lieu partout, elle est d'une extrême importance puisque l'humain, à partir de là, a su symboliser et partager ces symboles, première étape vers l'écriture

Nous sommes anciens et nos savoirs aussi, cela changeait mon regard à mesure que je sondais notre profondeur historique, je voyais comme une sorte de fleuve l'évolution de l'espèce, une lente acquisition des technologies et d'une perception d'un monde archétype sans existence physique, mais dans lequel se trouvaient des principes dont on pouvait se servir dans le monde physique. Je voyais là le long cheminement qui nous a mené vers une conscience et une connaissance accrues au fil des millénaires mais la rêverie s'interrompait lorsque j'aboutissais au monde industriel et à notre temps. Le futur qui se dessine sera plus pauvre, en fonction de quoi nous devrions dès à présent devenir plus sages, mais hors fiction, c'est assez difficile à imaginer. Il reste mes rêvasseries dont je me demande si elles auront un jour une incidence quelconque, un effet qui dépasserait les limites d'un roman.

Le roman s'est constitué autour de mes recherches de réponses technologiques. J'ai choisi pour cadre la Mauritanie et pour point de départ le déplacement de gouttes d'eau dans un récipient exposé au soleil, mouvement gratuit s'il en est, perfectible peut-être. Après avoir réfléchi aux formes que pourrait prendre un Raindancer, dans la relation entre investissement et rentabilté, je suis plus ou moins arrivé à la conclusion qu'un Raindancer qui n'aurait pour machinerie, outre les capteurs solaires, que du pompage, des appareils pour retirer les gazs dissous et un échangeur de chaleur serait le plus économique et pourrait atteindre une indépendance énergétique à partir d'une hauteur de condensation suffisante. Les côtes de Mauritanie étant très plates, il m'apparut plus économique d'imaginer l'érction d'une dune pour condenser et stocker l'eau destinée à la cité flottante et de disposer d'assez de pression pour alimenter sans pompage la cité oasis.

La cité marine n'était d'abord qu'une station de distillation, mais sa production d'eau et d'électricité pouvait permettre l'établissement d'une ville flottante, une Floatown ou Naville. Cela n'était possible qu'en créant une forme d'abri contre les vagues. Le Waveater, le mange vague, n'est pas évident, pourtant il pourrait avoir le même effet qu'un mur de béton. Si cet effet de brise-lames est aussi efficace que je le pense, il deviendrait possible de protéger toute côte où le besoin s'en ferait sentir.

Le Tuboat m'est venu comme ça, tombé du ciel par l'effet d'une maturation inconsciente à la suite de la lecture d'une multitude d'articles. Je n'ai rien de plus à en dire que dans la présentation. Le Snark, en revanche, présente à mes yeux un plus grand intérêt. Il permettrait peut-être de comprimer l'air plus économiquement et silencieusement. Cela pourrait être utile pour la climatisation des îlots d'habitation. Quand l'air est comprimé il s'échauffe, cette chaleur peut être captée et stockée dans un reservoir d'eau ou simplement dispersée tandis que l'air refroidi est relâché quelque mètres plus bas dans une colonne d'eau qui sert de filtre avant de parvenir à l'habitation. Ce système permettrait de chauffer et rafraîchir sans utliser de fluide intermédiaire, il serait facile d'emploi sur l'eau, peut-être intéressant à adapter sur terre.


Voici passées en revue les idées les plus présentables qui me sont venues, ce ne sont que des spéculations d'artiste dont seuls des lecteurs avertis pourraient tirer quelque chose. Une fiction n'a pas à justifier d'un fondement vérifiable.